Après avoir dit du mal des femmes mollusques, et des filles belles (mais stupides) ou moches (mais intelligentes), je voulais m’attaquer à des personnages féminins qui ont de la gueule. Des personnages féminins qu’on aime, ou qu’on déteste, mais qui expriment ce que cela signifie que d’écrire un véritable être humain. Complexe, ambivalent, fort ou faible, mais qui soit avant tout crédible.

Qu’est-ce qu’un cliché?

Un cliché, à l’inverse d’un trope (qui est une structure narrative) est une conception figée dans l’imaginaire commun. Quelque chose qui devient si évident, et si prévisible que c’est ennuyeux et juste… mauvais.

Je me suis demandée, et ce n’est que mon avis, si le cliché des personnages féminins ne servait pas un seul et même but : donner vie à des femmes qui puisse être aimée du public. Pour cela, il leur fallait être parfaite, belle, aimable et douce. Répondre au cliché ultime de la féminité.
Au contraire, parfois les personnages féminins servent à fertiliser un cliché : la femme insupportable pendant ses règles, la femme de plus de 50 ans, vieille et jalouse, la meilleure amie célibataire et un peu hystérique. Ou encore ma préférée : la féminazie. La femme qui, parce qu’elle est féministe, déteste les hommes, brûle son soutif et arrête de se raser sous les bras.

Fabriquer des personnages féminins est sans doute une tâche un peu complexe puisque les auteurs de fiction ont derrière eux le poids de décennies ratées derrière eux. Mais un bon personnage féminin, eh bien … c’est une femme. Mais c’est avant tout un être humain, avec ses contradictions, ses émotions, sa réalité et ses erreurs. Un personnage féminin n’a pas besoin de ne pas être féminine pour ne pas être un cliché,  c’est une personne qui prend des initiatives, fait avancer l’intrigue et qui fait réagir ses lecteurs.

C’est en grande partie ce que je reprocherai au cliché du badass absolu qu’on retrouve de plus en plus, : une badass est un personnage féminin masculinisé. Qui se bat, qui est fort, qui n’n’exprime aucune émotion et qui, par conséquent, manque de profondeur. Parce que les décisions prises par un personnage proactif reposent en grande partie sur sa personnalité, sur ses motivation, sur sa backstory. C’est ce qu’est un personnage qui fait que l’histoire avance.

Eviter les clichés n’est pas chose aisée, mais en avoir conscience, c’est déjà  bien. Mieux encore, les clichés au lieu de nous dire ce qu’il ne faut pas faire, nous indiquent parfois comment les exploiter différemment pour créer quelque chose de vraiment, profondément original. J’irai même jusqu’à penser que les clichés nous sont utiles. Déjà, ils nous montrent ce qu’il faut éviter. Mais surtout, ils nous donnent un point de départ pour réfléchir sur nos personnages. Avoir un cliché et le déconstruire, n’est-ce pas fascinant?

Prenons l’exemple de la petite vieille du cinquième étage.
Mireille est seule, ne sort jamais sans sa petite laine. Elle est très gentille, elle met du vieux pain sur son balcon pour attirer les moineaux, les pigeons. Mais en vrai, chez elle, elle découpe des jeunes cadres dynamiques qu’elle a trouvé dans le métro et les mange en regardant Questions pour Un Champion.

Et les personnages féminins vraiment intéressants, ça existe?

Evidemment que oui.

  • Prenez un des personnages qui me fascine le plus : Cersei Lannister, personnage de la série du Trône de Fer. Cersei est une femme qui ne sait pas se battre comme un homme, qui est belle, qui utilise aussi sa sexualité comme une arme pour séduire son  frère, mais qui reste en tout point fascinante, détestable et… terrifiante.
    Elle fait des choses infâmes, mais elle a ses raisons. Elle n’attend l’approbation de personne pour faire ce qu’elle fait. Et elle évolue au fil de l’histoire avec un arc dramatique … dramatique.
  • Lyra Belacqua des Royaumes du Nord est un personnage qui m’a accompagnée toute mon enfance et mon adolescence parce que, -outre le fait que Philip Pullman dépeint très bien l’enfance, – elle est féroce, mais elle a peur. Elle a envie de réussir, mais elle se trompe à de nombreuses reprises. Elle pleure et se met en colère, mais apprend de ses erreurs. Elle s’accorde le droit à l’erreur et va jusqu’au bout de ses idées tout en conservant une réelle palette d’émotions profondes.
  • Scarlett O’Hara est insupportable. Elle est mauvaise, mesquine, arriviste. Mais elle fait ce qu’elle fait parce qu’elle estime que c’est juste selon ses ambitions et ses croyances. Elle est caractérielle et pourtant, c’est une véritable romantique, capable d’amour (même si elle se trompe de cible du début à la fin). Ce n’est pas le genre de personne qui va couper des tête dans un vaisseau spatiale, mais elle n’en reste pas moins terrifiante.

Aborder les personnages féminins dans la fiction est une tâche délicate. Mais principalement parce qu’on ne veut pas tomber dans le cliché, ou qu’au contraire, on cherche à s’enfoncer dedans pour attendrir ou faire rire.

Ce que j’essaie de ne pas oublier quand j’écris, c’est que mes personnages féminins sont avant tout des gens. Des gens normaux à qui il arrive quelque chose. C’est une personne avec une histoire, des croyances et un caractère. Son genre est important, évident, mais je veux pas que cela vienne me faire dévier de mon histoire.

Je sais que c’est un sujet un peu délicat et qu’il mériterait sans doute tout un bouquin sur la question, mais quelles sont vos réflexions sur la question?
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Post Author: Lea Hendersen

5 Replies to “Les personnages féminins : les clichés #2”

  1. Quand j’écris un personnage, féminin comme masculin, je leur imagine une biographie avant de les mettre en scène. Et j’écris leurs actions en tenant compte de ce passif, même si je ne le raconte pas. Il peut toutefois transparaître par endroit. C’est un moyen très efficace de ne pas tomber dans le cliché.

    Si tu comptes voir Avenger 3, tu aimeras je pense le traitement du personnage de Gomora.

    1. Je trouve ça très intéressant d’avoir un passé pour son personnage dont l’auteur ne parle pas forcément, mais dont il tient compte pour créer sa personnalité, justifier ses décisions, etc.
      J’ai regardé aucun des Avengers 🙁 Pardon, je suis pas très cinéphile! Mais peut-être un jour, quand je serai grande !

  2. Je viens de lire les deux articles sur les clichés féminins, donc mon commentaire va englober un peu les deux idées (stéréotypes pourris et personnages féminins intéressants).

    Écrivant moi-même, j’ai eu beaucoup de mal à écrire des personnages féminins intéressants pendant un moment. Le premier tome de ma saga subit parfois les travers que tu décris dans ton premier article. Je travaille actuellement sur le tome 2, qui doit corriger tout cela.

    C’est vrai que la façon d’approcher les personnages féminins est souvent mauvaise ou tout du moins maladroite. Les supports culturels actuels ne nous aidant pas beaucoup à être réellement objectif (TV, émissions, séries). Même s’il y a certaines exceptions.

    Je ne sais pas si ce problème est exclusivement masculin, je ne crois pas. Même des autrices ont parfois tendance à faire de leurs héroïnes des personnages clichés.

    C’est un travail intéressant et utile à creuser et à développer en tout cas.

    Super blog au passage, je découvre et j’apprécie 🙂

    — Denis

    1. Merci pour ton commentaire.
      Je pense en effet qu’énormément de femmes sont coupables de faire vivre ces images archaïques et néfastes des femmes. Nous ne sommes pas toujours les meilleures prédicatrices de notre propre genre, c’est sûr et certain. Dans la fiction qu’on voit à la télé ou dans les séries, les femmes sont évidemment maltraitées aussi, je trouve. Donc ça donne déjà un mauvais exemple à suivre.
      Mais comme je le dis, un cliché n’est pas si mauvais. C’est une idée de départ. Une idée mauvaise, certes, mais une idée quand même et qui peut être transformée en quelque chose de très bon si on sait jouer avec les codes et même les renverser complètement.
      Donc, moi je suis certaine que tu peux faire de tes personnages féminins des personnages réels et loin du cliché. Demande à des femmes de relire ton travail, si tu te poses des questions! 🙂
      (Et merci pour tes gentils mots sur mon blog!)

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