Ton histoire existe parce qu’il y a eu une histoire avant.

Dans un polar, il y a un tueur en série qui a peut-être déjà une collection de cadavres.
Ton personnage principal a déjà vécu des expériences qui ont forgé ce qu’il est aujourd’hui.
Ton monde imaginaire a connu une guerre qui a eu lieu avant le début de ton livre.

En anglais, on appelle ça, la backstory. L’histoire d’avant l’histoire.

(Il n’existe pas de traduction exacte pour ce mot, en français, donc je vais utiliser le terme backstory pour cet article.)

Qu’est-ce que la backstory?

Comme je le disais, la backstory, c’est l’histoire avant l’histoire. Et elle est aussi importante que ce qui se passe dans ton livre.

Le passé de Westeros, ses guerres et ses royautés, a considérablement influencé tous les événements de Game Of Thrones.
L’ascension au pouvoir de Voldemort a forgé toute l’histoire des sept volumes de Harry Potter.

Ce sont des morceaux du passé, qui se dévoile petit à petit au fil de ton ouvrage : l’enfance de ton personnage principal, une guerre qui a marqué son pays, un cataclysme, etc.  Tous ces incidents ont une influence considérable sur ton livre.

Par contre, toute la backstory n’est pas importante. Ce qui compte, ce sont les événements qui ont de l’influence sur ton histoire et sur tes personnages.

Par exemple, il est foncièrement inutile de raconter à quel point ton personnage principal a été traumatisé par ses rendez-vous chez le dentiste, ou ses premières colos en Ardèches. Il faut que ça soit en lien avec ton histoire.

Il n’y a pas de hasard

Avoir une backstory détaillée et travaillée va mettre sur pied quelque chose d’essentiel : ton élément déclencheur et le conflit de l’histoire.

Penche-toi sur la raison pour laquelle ton personnage est au cœur de l’histoire. Qu’est-ce qui l’a amené ici?

Est-il là par hasard? Ou se trouve-t-il au milieu du conflit parce qu’il l’a choisi? Comment en est-il arrivé là?

Si ton personnage est un hors-la-loi, essayant de fuir la police, il peut se retrouver soudain caché dans la voiture d’un autre mafioso qui veut sa peau.
Ici : ton personnage est arrivé ici par hasard, mais toute sa backstory l’a mené à fuir et donc à rencontrer cet autre personnage.

Au contraire, ton personnage est un chevalier. Dès le début de l’action, il est plongé au milieu d’un combat sans merci contre un méchant roi assoiffé de sang et est fait prisonnier.
Ici : ton personnage n’est pas là par hasard. Il se battait sans doute contre ce roi parce qu’il est responsable du massacre qui a décimé sa propre famille et il cherchait la vengeance.

C’est sentimental

Une backstory bien construite donne de l’épaisseur à ton personnage. C’est ça qui fait qu’il a l’air réel, qu’il a un visage, qu’il éprouve des émotions. Parce que son passé fait de lui ce qu’il est aujourd’hui.

Son passé explique aussi la façon dont il agit aujourd’hui. S’il se comporte comme le dernier des cons, c’est peut-être qu’il a souffert, ou qu’il a été pourri gâté étant enfant.

Et c’est aussi pour cette raison que ton lecteur va le comprendre et s’y attacher. C’est en décortiquant son passé.

Pourquoi tu fais ce que tu fais

La motivation, c’est le pourquoi ton personnage fait les choses qu’il fait. Et cette motivation est en général ancrée dans son passé.

C’est souvent lié au “spectre” (une des théories de John Truby, dans l’ouvrage “Antomie du scénario”) Le “spectre” est le traumatisme de ton personnage. Quelque chose qui l’a forgé, blessé. Qui a pété sa vie. Et dans le domaine de la fiction, c’est souvent ce spectre qui influence le personnage principal. Comme Harry Potter et la mort de ses parents.

C’est pas que les gens

La backstory concerne ton personnage, ce qu’il a vécu, ce qui l’a rendu heureux et blessé. Il en va de même pour tous les personnages. Tous. Oui, tous.

Mais c’est aussi le monde. Le monde de ton personnage et son Histoire fait aussi de lui qui il est. Si c’est un royaume qui sort d’une guerre sanglante, ou une terre décimée par des catastrophes naturelles. Le monde aussi a besoin d’une backstory, qui l’enrichisse, enrichisse tes personnages et ton intrigue.

C’est plein de secret

L’intérêt de la backstory, c’est sa part d’ombre.

Son obscurité fait peur, elle intrigue. C’est tout ce qu’elle ne dit pas qui est intéressant.

Révéler certains secrets au bon moment, c’est tout un art. Un auteur aurait tort de révéler tous les secrets et les mystères du passé de ses personnages et du monde dans lequel ils vivent. Au contraire, cela doit être amené à juste dose. Par petits morceaux.

 

Ecrire la backstory de l’histoire est complètement grisant, je trouve.
On choisit ce qu’on dit, ce qu’on ne dit pas.
Et toi, qu’est-ce que tu en penses?

 

Crédit Photo : Mysticartsdesign, Pixabay

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Post Author: Lea Hendersen

2 Replies to “L’histoire avant l’histoire : la backstory”

  1. Je découvre ton blog avec un grand plaisir !
    Tu as raison quand tu dis qu’on choisit ce qu’on dit et ce qu’on ne dit pas. D’ailleurs, le choix du début, du moment où on fait débuter l’histoire vis-à-vis de cette backstory (ou de ses backstories) est fondamental et va conditionner toute la portée du roman, tout autant que la fin, et ça on l’oublie souvent.
    Il faut cependant se méfier des facilités du lien causale (“ah oui, il est comme ça parce qu’enfant il lui est arrivé ça”) et du badge “enfance difficile” ou “lourd passé” qui peut vite devenir de la paresse d’écriture. La vie psychique est faite de multiple strate, et les chemins qui mènent d’un événement à ses répercussions sont souvent détournés et trompeurs.

    1. Je suis entièrement d’accord avec toi ! Mon but n’est pas de minimiser ou de simplifier certains aspects de la psychologie qui peuvent être infiniment complexes (ma psy en sait quelque chose !!!) Mais c’est plutôt de donner des pistes de réflexion sur pourquoi un personnage ne peut être comme ça juste… comme ça ! S’il se comporte comme le derniers des connards et que l’auteur n’explique pas pourquoi, ça manque de profondeur. Enfin, on se comprend ! 🙂
      Merci en tout cas beaucouuuup pour ton retour !! 🙂

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