Conseils d'écriture pour écrivains pas encore chevronnés

Les coûts et les dividendes dans un récit

Ton personnage il risque de prendre cher pendant ton livre. C’est un truc d’écrivain, je crois, on a tendance à toujours imaginer le pire dans nos vies. Et pour évacuer toute cette tension, on torture nos personnages. C’est normal. C’est pour leur bien.
Si, si, je te jure.

Cet article est inspiré par l’article d’une autre blogeuse, A propos d’écriture, sur les 8 Etapes pour Construire une Bonne Intrigue. (Très bon article, clique si tu veux, ça fait du bien). C’est elle qui m’a fait réaliser l’importance des coûts et des dividendes dans un récit.

Je t’explique.

Une petite définition…?

Les coûts dans un récit, c’est ce que ton personnage va perdre au court du récit , et les dividendes, c’est tout simplement ce qu’il va gagner.

Les coûts

Si je te dis que ton personnage va avoir des “coûts”, c’est parce qu’en vrai, personne ne veut lire l’histoire d’un bonhomme qui a une vie parfaite, et tout va bien et il est heureux, et rien ne vient perturber cette plénitude. Non, c’est chiant. Ce qu’on veut, c’est que ton personnage traverse des épreuves. Des moments qui remettent en question toute sa réalité.

Cela rappelle au lecteur l’importance de l’objectif qu’il cherche à accomplir. Cet objectif est tellement vital aux yeux de ton personnage qu’il est prêt à beaucoup pour y arriver.

Attention, les coûts, ce n’est pas simplement les petits malheurs qui se mettent en travers de son chemin. Parfois, il peut s’agir de beaucoup d’autres choses. (Je te donne des exemples, mais la liste n’est pas exhaustive)

  • Ton personnage peut prendre une sale décision qu’il va regretter ensuite. Personne n’est exempt de prendre des décisions à la con en croyant bien faire, ou en se retrouvant au pied du mur. Si par exemple, ton personnage, désespéré de récupérer l’arme qui lui permettra de tuer le méchant, choisit de faire confiance à un mage noire qui mange des rats vivants, c’est une mauvaise décision. Une décision qui pourrait lui coûter très cher.
  •  Perte irrémédiable : une perte irrémédiable peut être deux choses. Cela peut être la mort d’un proche qui le laisse terrassé. Mais aussi une blessure ou une maladie incurable qui modifie profondément son mode de vie. Comme si par exemple un petit enfant tombait par hasard sur la reine et son frangin en pleine levrette et que pour s’assurer qu’il ne parle pas, on le balance par la fenêtre du 3ème étage. (Comment ça, cet exemple est pas de moi???)
  • J’en parlais plus tôt, mais ton personnage peut aussi être amené à faire des sacrifices. Et un sacrifice, c’est pas juste de laisser le dernier cookie à la meuf que tu as envie de choper. Un sacrifice est important et personnel, il laisse de graves séquelles et apporte un sentiment de “point de non-retour”. Pense à “Je suis une légende” (le film, pas le livre) où Willy se sacrifie pour que sa femme et sa fille puissent fuir à sa place quand lui se retrouve condamné.
  • Cela peut aussi être un mensonge. Je m’explique : ton personnage, tel Walter White (pas de spoiler, s’il vous plaît, j’ai pas encore fini la série, oui je sais j’ai dix ans de retard, et alors? kesketuvayfaire???) qui se retrouve obligé de mentir à sa femme et à tous ses proches sur les méthodes douteuses dont il se procure l’argent pour payer sa chimio.

Et maintenant les dividendes

Donc avant de dérailler complètement et qu’on me traite de maso : ces coûts sont accompagnés de dividendes. Pas toujours et pas forcément à la hauteur de la souffrance ou des sacrifices du personnage. Mais en vrai, si ton personnage ne faisait que souffrir un vain, ça n’aurait pas beaucoup d’intérêt. Ça serait juste une histoire complètement déprimante. Un peu comme Jude L’Obscur (putain, ce livre, mes amis…)

Les dividendes sont donc ce que ton personnage va “gagner” au court du récit. C’est pas des lots, comme au loto, mais c’est plutôt des changements internes profonds qui vont le rapprocher de sa véritable identité.

Ces dividendes se rapprochent de l’idée de l’arc dramatique, puisque ce sont ces changements inhérents aux personnages qui vont lui permettre d’évoluer. C’est en quelque sorte, une leçon bénéfique.

Prenons Jaimie Lannister par exemple.
Jaimie perd sa main. La main avec laquelle il maniait l’épée, la main avec laquelle il a tué le Roi Fou. Cette perte, sur le moment lui apparaît comme étant la fin de sa vie (coût). Mais c’est au fil du temps qu’il va devenir un autre homme, plus proche de sa véritable identité (dividende). Il connaît une véritable remise en question qui lui donne une chance de mieux vivre.

Un autre exemple : la mort de Sirius Black.
La mort de Sirius m’avait déchiré le cœur. Genre, vraiment. La perte de son parrain a développé chez Harry un immense sentiment de culpabilité et d’abandon dont il avait pas besoin, le pauvre bichon (coût). Mais c’est aussi cela qui lui a fait réaliser l’importance des gens qui l’entouraient, de ses amis, et de ne pas chercher à s’isoler. Cela renforce aussi sa motivation à défoncer Voldemort (dividende). Parce que tant que Voldemort est vivant, tous ceux que Harry aime sont en danger.

Alors on parle de quelque chose d’un peu psychologique ici, mais il existe d’autres types de dividendes. Des dividendes plus concrets, comme Will Smith, qui en se sacrifiant pour sa famille (dans le film, pas le livre) parvient à découvrir le vaccin pour sauver la race humaine (était-ce bien nécessaire, Willy?!). C’est du concret, ça!

Mais cela peut aussi être une rencontre avec quelqu’un. L’exemple le plus classique étant celui du héros qui se sacrifie pour partir dans une quête épique afin de sauver le monde (coût) et qui finit par trouver l’amour sur le chemin (dividende).

Parfois, c’est aussi la découverte de nouvelles aptitudes. Comme Bran Stark qui, paralysé à vie par sa chute, développe des pouvoirs de fifou pour aider Jon Snow à défoncer des zombies de glace.

Ce qu’il faut retenir, c’est que ce sont en général des changements positifs, aux yeux de ton personnage.

Voili voilou (ça se voit que je sais jamais comment conclure mes articles?!)

Il s’agit en fait d’un véritable équilibre à trouver entre ce que perd ton personnage, versus ce qu’il gagne.
Ou alors tu peux faire comme Thomas Hardy, écrire Jude l’Obscur et défoncer ses espoirs et son bonheur sur 450 pages.

 

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10 Comments

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Oui, j’avoue que je me suis dit que j’allais détourner un peu l’idée de base avec l’image de l’article ! Et au final, non, ça n’a rien à voir 🙂

Merci pour cet article très pertinent, c’est la première fois que je vois cette histoire de coûts/dividendes. J’aime bien la formulation du coup je paris que dans mes prochaines lectures ou visionnages de films, ça va me venir à l’esprit haha
Ah et tu as piqué ma curiosité en mentionnant deux fois Jude l’Obscur, donc je le mets dans ma pile à lire 😉

Merci beaucoup pour ton retouuur ! J’étais pas sûre de moi en écrivant l’article, je savais pas si je serais capable de lui donner assez d’épaisseur.
Et oui, Jude l’Obscur, c’est formidable, mais je te direct que c’est pas un livre qui met du soleil dans le cœur. Si tu veux lire du Thomas Hardy un peu moins déprimant, je te recommande aussi Le Maire de Casterbridge, un coup de coeur de l’infini pour moi 🙂

Au final tu as bien réussi, en plus merci d’avoir illustré avec des exemples (je pense à Game of thrones, c’est bien que tu rentres dans les détails comme je ne connais pas la série, j’aurai rien capté si t’avais juste mis le nom du perso).
Merci pour cette autre idée de lecture !

Ah mais c’est sympa cette formulation “coûts” et dividendes. Je m’attendais pas du tout à ça en lisant le sujet. Très intéressant merci Léa 🙂

ps: tu as oublié de faire la promo de ton article sur twitter, j’ai failli passé à côté 🙂

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