La ligne thématique d’un livre, ou pour simplifier, le thème d’une histoire est un concept qui peut apparaître comme légèrement fumeux. Bien qu’essentiel à la narration, il est néanmoins un des aspects les plus mal aimé de la narration.

Pour le décrire, John Truby en parle comme d’un “débat moral” dans son ouvrage “L’anatomie du scénario”.

Alors, je décrie tout de suite ce terme en disant qu’il ne s’agit de parsemer votre ouvrage de petites phrases bien pensantes sur le bien et le mal, ou de forcer des idées dans la tête de votre lecteur. Non, c’est simplement la grande, ou les grandes idées thématiques qui vont s’extirper de votre livre.

L’idée du thème est très vaste. Parfois évidente, parfois complexe. Il y aurait énormément à dire et un seul article ne suffirait jamais à couvrir l’ensemble des paramètres. Mais j’espère que ces quelques mots vous feront office d’introduction et vous donneront matière à réfléchir.

Qu’est-ce que le thème?

Comme je le disais, le thème est le débat moral de votre ouvrage. Et comme je le disais aussi, le but du thème n’est pas de bourrer le crâne de votre lecteur avec des idées préconçues, ou d’imposer votre point de vue sur la vie.

Offrir un débat moral à votre livre rendra votre histoire plus dense, plus intéressante, et plus complexe. Et le mieux dans tout ça, c’est qu’inconsciemment, vous offrez toujours un thème à votre histoire. Si vous écrivez, c’est aussi parce que vous avez une vision du monde qui vous est propre et que vous cherchez à partager. Et c’est cette vision du monde que vous apportez à travers le thème de votre histoire.

Certains écrivains ne réfléchiront jamais au thème de leur histoire. Ils le verront se dessiner au fur et à mesure de l’écriture. D’autres choisissent leur récit autour de ce thème précis. Parce qu’ils ont justement quelque chose de très important à dire.

Un bon livre offrira un thème global autour duquel les personnages et l’intrigue se construisent. Mais un excellent livre offrira une multitudes de variations autour de ce thème et ce qu’il implique.

Un thème n’a pas besoin d’être une grande question existentielle. Vous n’êtes pas obligé de mettre en jeu votre intégrité ou de remettre en question les lois universelles de l’univers. Un thème peut être aussi simple que : est-ce bien ou mal de mentir? Faut-il aimer sa famille? Ai-je le droit d’aimer l’argent? etc.

Sachez une chose : si tous les thèmes ont déjà plus ou moins été exploités dans les films, les séries ou les livres, il n’y que vous qui puissiez apporter votre point de vue et ceux de vos personnages. Votre vision vous est propre, unique et même si le sujet a déjà été traité, ces questions thématiques vous appartiennent entièrement et vous pouvez en faire ce que vous voulez.

Les personnages et les représentations du thème

Proposer un débat moral implique une chose : nous nous situons ici dans une zone grise. A savoir que ce n’est ni blanc, ni noir. Et c’est tout l’intérêt des bonnes histoires. Votre personnage principal est sans doute très vertueux, et votre méchant est un connard de première, mais cette vision manichéenne du thème ne donnera aucun relief à votre histoire.

Un débat moral est avant tout un débat. Cela implique que nous allons devoir entendre les deux versions de l’histoire, les deux versions du thème.

Tous les personnages de votre histoire vont devoir se présenter comme les différents militants du thème. Une idée est une idée uniquement si elle peut être débattue, variée, sinon c’est simplement un fait.

L’idée est donc de varier ce thème en mettant en confrontation les différentes valeurs de vos personnages entre eux. L’objectif des personnages peuvent être les mêmes, mais leurs valeurs, ou les moyens de remplir cet objectif peuvent varier et parfois même entrer en totale opposition et créer du conflit. Ces personnages apportent donc chacun une approche différente autour d’un même problème.

Prenons Harry Potter, par exemple. Parce que Harry Potter est ma passion (comme tout le monde)

Les personnages principaux ont un objectif : détruire Lord Voldemort. Mais chaque personnage a une vision différente de la façon dont il faut éradiquer ce mal.

  • Severus Rogue (ou Snape, pour les puristes) va agir plutôt en secret, dans la solitude et en s’isolant un maximum.
  • Harry, Ron et Hermione préfèrent agir en groupe, ils croient en l’esprit d’équipe.
  • Albus Dumbledore, lui agit comme un leader (jusqu’à un certain point) et un mentor.

Tous ces personnages se regroupent autour d’un même thème : quand le mal débarque dans nos vies ou dans une communauté, il faut tout faire pour le détruire et protéger ceux qu’on aime.

A contrario, offrir ce genre de vision purement noire et blanche peut s’avérer bancal. Apporter le point de vue de Voldemort et de ses Mangemorts a rendu l’histoire beaucoup plus dense et complexe. J.K. Rowling a rendu ceci possible en étant l’avocat du diable. Pour Voldemort, le mal absolu découle des Moldus et des Sangs-Mêlés au sein de la communauté des sorciers et il cherche à les préserver de cette invasion.

L’auteure nous propose aussi les points de vue, de manière beaucoup plus subtile des autres personnages :

  • Des Mangemorts comme Lucius Malefoy ou Bellatrix Lestrange rejoignent les Mangemort pour préserver la pureté de leur rang.
  • Fenrir Greyback agit pour faire reconnaître la communauté des loups-garous.
  • Peter Pettigrow cherche à être protégé par plus puissant que lui parce que c’est un être faible et lâche.

Un thème se doit d’être exploré. Il est multiface et il n’existe pas une seule et unique manière de l’exploiter. Du côté des “bons comme des gentils”, les points de vue et les valeurs divergent. Toutes ces nuances apportent de l’épaisseur et de la cohérence au récit.

L’importance du thème dans la structure de votre livre

La structure d’une histoire en est le point pivot. Mais c’est aussi le cas pour votre thème. Amener le thème ne va pas se faire autour d’un débat philosophique où deux entités opposées discutent du pourquoi du comment du thème. Cela n’intéresserait personne, à moins que vous soyez Voltaire.

La structure d’un roman permet de développer le thème et l’approcher sous ses différents aspects. Elle permet aussi de l’amener en douceur auprès du lecteur et de l’amener à se poser des questions et à réfléchir.

Au début du récit, les points de vue divergent.

Exemple : Harry Potter veut détruire Voldemort parce qu’il a tué ses parents et menace de revenir au pouvoir. Voldemort, lui, veut détruire Harry Potter parce qu’il est la seule personne au monde à lui avoir survécu.

Par la suite, l’opposition des valeurs prend de l’ampleur jusqu’à entrer en conflit.

Exemple : Voldemort commence à s’en prend aux proches d’Harry, notamment à Sirius Black, son parrain.

Jusqu’à la fin où les points de vue entre en collision directe.

Le thème est aussi intrinsèquement lié à l’arc dramatique de votre personnage : ce sont les questions qu’il se pose et la confrontation des points de vue et des valeurs qui l’amènent à changer tout au long de l’histoire.

Harry Potter a toujours été un garçon courageux. Mais son courage est mis à rude épreuve quand il va s’agir se sacrifier et mettre en danger ceux qu’il aime pour sauver sa communauté toute entière. Le courage ne lui a pas suffit : il faut aussi un sens du devoir et du sacrifice.

Le rôle du thème dans le climax

Demandez-vous ce qui se passe dans le climax de votre livre. A quoi va ressembler la confrontation finale et ce que va gagner votre personnage en remplissant son objectif?

Encore une fois, on est loin des grandes batailles épiques. Le climax de votre livre peut simplement être votre personnage réussissant un examen, embrassant la personne dont il était amoureux depuis le début, mais peu importe la fin, ce qui prime, c’est la motivation derrière.

Parce que la motivation illustre votre thème.

Si les deux ne sont pas liés, l’histoire se fissure sous bien des aspects. C’est à la fin de l’histoire, quand les deux systèmes de valeur entrent en conflit qu’on peut voir quel système de valeur apparaît comme supérieur à l’autre (je souligne ici : apparaît, parce que comme je le disais plus haut, il n’y a pas de vérité absolue, à mon sens et cela dépend entièrement du point de vue de l’auteur et du message qu’il essaie de faire passer).

Et cela doit se ressentir aussi dès le début de l’histoire.

Reprenons notre copain Harry.

Au début, Harry est seul, élevé dans une famille qui ne veut pas de lui et à laquelle il n’appartient pas. Il se sent marginal, et n’a aucun espoir de voir sa vie s’améliorer.

Pendant le climax, Harry est entouré de gens qui l’aiment et qui croient en lui. Qui sont prêts à mourir pour lui et pour sa cause (un peu comme Voldemort, finalement… mmh…). Le fait qu’il parvienne à gagner sa bataille à la toute fin (attention, spoilers, mais en même temps, si vous n’avez pas lu Harry Potter, qu’est-ce que vous avez fait de votre vie! Franchement?!) lui donne toute son appartenance et sa légitimité au sein de la communauté des sorciers qu’il a réussi à sauver.

 

Voilà, en espérant que cela vous aura donné matière à réfléchir !
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Post Author: Lea Hendersen

2 Replies to “La ligne thématique de votre livre”

  1. Bonjour,

    Je viens de découvrir ton blog et ta chaîne Youtube, qui sont très sympas (j’aime bien ta façon de parler dans les vidéos, c’est très didactique et drôle en même temps). Je me reconnais pas mal dans ces questionnements sur le thème, qui sont finalement rarement abordés sur les blogs d’écriture, alors que c’est quand même un élément essentiel !
    Cela pose la question de : “en fait, de quoi ai-je envie de parler ? Qu’est-ce qui me tient à cœur ?”
    Et John Truby m’a aussi bien aidée à me poser ces questions…

    Bref, je m’abonne !

    Ah, et juste une petite remarque : quelques coquilles/fautes de frappe se sont glissées dans cet article, elles sont facilement corrigibles je pense 😉

    1. Merci pour ton retour 🙂
      Je choisis mes thèmes d’article un peu au hasard. En fonction de ce que j’ai envie de raconter ou ce qui me prend la tête pendant que j’écris. En tout cas, tes compliments me vont droit au coeur!!!
      PS : en effet pour les coquilles, je les ai corrigées. Je suis une grosse angoissée et quand j’écris mes articles, je relis pas parce que j’ai peur de trouver ça nul et de jamais le publier. Je me dis “rien à foutre, je publie quand même!” et … j’oublie des fautes !!! 🙂

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