C’était il y a deux ans, quand j’ai commencé le premier jet de mon roman que j’ai découvert la pleine définition de l’échec.

Après avoir minutieusement travaillé sur mon plan pendant des mois, après avoir créé des personnages et une intrigue que je trouvais absolument fascinante, je me suis enfin lancée dans la rédaction de mes tous premiers chapitres… Pour réaliser que ce que j’écrivais était très… très bof. C’était brouillon, répétitif, ça manquait de corps et de tension.

Bref, c’était nul.

Plus tard, quand j’ai envoyé ces premiers chapitres à des relecteurs, j’ai eu mes premiers retours négatifs. Et tout le monde sait combien c’est agréable quand des gens te disent : le travail sur lequel tu t’es acharné pendant des mois, bah … il est vraiment pas ouf.

D’accord.

Puis, il y a eu la chaîne, le blog, les débuts où tout le monde s’en foutait de ce que je faisais. Mes énièmes écrits ratés. Mes plans écrits et réécrits, ma 163ème version du chapitre 14. Mes articles ou mes vidéos qui faisaient un flop, tous ces moments où je voyais que ce que je produisais n’avait aucun effet.

Bref, l’échec.

C’est quoi l’échec?

L’échec, -non, pas le jeu- c’est l’art de se planter grossièrement. C’est la honte, c’est l’humiliation, c’est un retour en arrière, c’est un grand coup sur le haut du crâne, et quand on se lance dans une carrière artistique, c’est le genre de truc qui t’attend à tous, mais alors tous les tournants.

Voilà par quoi j’ai envie de commencer : échouer, ça fait partie de la vie, du process. Et ça arrive tout le temps, et à tout le monde. Ça a beau ne jamais être la fin du monde, c’est toutefois une chose dont on n’a pas envie de parler. C’est un secret, un tabou.

Et pourtant, échouer, c’est une véritable aubaine. Mieux que ça, c’est une preuve brillante et scintillante que tu as essayé. Que tu t’es bougé le cul pour mener à bien un projet qui te tient à cœur.

Le bonheur d’échouer

D’accord, je sais, c’est très antinomique, tout ça, mais on va s’approcher de cette phrase terrifiante.

Dans la vie, il faut (et je dis bien il faut, et non pas “on subit”) connaître énormément d’échecs. Échouer, cela signifie déjà que tu as essayé, que tu as pris les devants pour changer, améliorer ta vie. Et quand ça plante, c’est une chance. Une chance pour grandir, apprendre, se remettre en question, et surtout devenir résilient.

La résilience, c’est tout simplement apprendre à garder la tête haute, même au milieu de la tempête. C’est cette force mentale qui fait que, même au cœur du tourment, on continue d’avancer. Peu importe qu’on soit triste, fatigué, qu’on ait honte, on continue de faire tourner la machine.

Derrière chaque erreur, chaque chapitre raté, chaque retour négatif, il y a une chance d’apprendre. Mais ça, tu ne le sais pas tant que tu n’as pas pris d’initiative.

Prendre de la distance

Pour apprendre d’un échec, il faut réussir à prendre de la distance. Il faut réussir à ne pas le prendre personnellement. Il y a quelques temps, une de mes amies, curieuse, a réclamé à lire les premiers chapitres d’un de mes manuscrits. Très réticente, j’ai fini par les lui envoyer. Et voici ce qu’elle m’a dit :

Il y a trop de phrases qui n’ont à faire ici, elles cassent le rythme du chapitre. En plus, tu passes tellement de temps à décrire qu’on s’ennuie un peu. C’est trop lent.

Autant vous dire que le monde s’est effondré autour de moi. J’ai dû passer le reste de la journée dans mon canapé à faire des câlins à mon ours en peluche en me demandant ce que j’allais bien pouvoir faire de ma vie ensuite. Oui, c’était disproportionné comme réaction. Mais c’est comme ça que ça se passe un échec. La honte et l’humiliation prennent le dessus, même physiquement, ça fait mal. Et au bout d’un moment, quand on sort la tête de l’eau, c’est là qu’on réalise que non, c’est pas la fin du monde. Il faut réussir à prendre de la distance et analyser.

Un éditeur t’a envoyé une lettre de refus? Prends du recul.

Un lecteur n’a pas aimé ton livre? Prends du recul.

Un bêta t’a fait un retour un peu brutal? Prends du recul.

Ce n’est pas que tu es nul, ou incapable. C’est simplement que tu as des choses à améliorer. Saisis cette chance pour apprendre et renforcer ta résilience.

Accepter sa part de responsabilité

Admettre que c’est de sa faute si on a échoué, ça peut être vraiment très, très difficile. On peut dire que c’est la faute de cet éditeur qui n’a rien compris à notre talent, ou à ce bêta qui est probablement un inculte, et qui est méchant. Mais à un moment, il faut aussi prendre ses responsabilités et dire: c’est moi. 

Après que mon amie m’ait brisé le cœur en disant que mon premier chapitre était ennuyeux, j’ai pris deux minutes pour me demander: est-ce qu’elle exagère? Et aujourd’hui, je peux affirmer que non. Elle avait entièrement raison. A l’époque, j’avais encore énormément à apprendre et c’est ce que j’ai fait. Mais en admettant que je m’étais plantée et que c’était ma faute, j’ai pu mettre ma fierté de côté et prendre le temps de travailler sur mon écriture. De l’améliorer. Cela m’a permis de me remettre en question, de ne pas prendre pour acquis un faux talent d’écrivain.

Abandonner c’est pire

Je ne suis pas en train de vous faire la morale. Tous les jours, j’ai peur de l’échec, et tous les jours, une petite part de moi voudrait abandonner. La vie serait pas infiniment plus simple si j’abandonnais mon rêve d’écriture pour devenir assistante de gestion ?!

Et là, je vais vous balancer une vérité que vous avez entendue partout : le véritable échec, c’est d’abandonner.

S’abandonner à la tristesse, ça a quelque chose de tellement réconfortant. Ça devient presque une identité : je suis une merde, donc, je n’y arriverai pas. Donc je ne prends plus de risque. Ainsi, je n’échouerai plus. Je serai triste, et les gens seront tristes pour moi.

Alors que c’est faux. Personne ne sera triste pour toi, à part toi-même. Se relever d’un échec demande énormément de courage, et se relever, probablement pour essuyer un autre échec demande encore plus de courage. Mais c’est un mécanisme imparable : il faut échouer, beaucoup et toujours conserver son enthousiasme. Parce que des revers, on en essuie en permanence. Ce n’est pas un long fleuve tranquille, même si beaucoup aimeraient nous le faire croire.

Au contraire, c’est difficile. Et après un échec, il faut revoir son plan d’action. Analyser ce qui a planté pour réévaluer la suite. Oui, parce que si tu décides de recommencer après un échec, en faisant EXACTEMENT la même chose, c’est s’assurer d’aller droit dans le mur.

Alors, il faut arrêter les excuses, arrêter de repousser le moment où il te faudra remettre les pieds dans le plats. Tu ne mourras pas d’un échec, même si sur le moment, cela peut paraître insurmontable. Il y aura toujours quelque chose qui te mettra des bâtons dans les roues, alors autant apprendre à vivre avec dès maintenant.

N’oublie pas, jamais, que l’échec fait partie du processus. Que de se rater et de recommencer 250 fois fait partie du jeu. Tu ne seras jamais au top, en tout cas, pas en refusant de prendre des risques. Et d’ailleurs, personne n’est au top. Même les grands écrivains doivent se réveiller certains matins, la gueule en vrac, en se demandant si ce qu’ils ont écrit n’est pas juste un énorme tissu de conneries qu’ils devraient brûler immédiatement.

Écris. Échoue. Recommence.

Et vous? Quels sont les plus gros échecs auxquels vous avez dû faire face? Et comment vous vous êtes relevés de tout ça? 

 

Crédit image : Comfreak, Pixabay.

 

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