Conseils d'écriture pour écrivains pas encore chevronnés

Les symboles dans la fiction

Le symbolisme est une partie essentielle d’un récit pour déployer une myriade d’émotions chez le lecteur. C’est un moyen de réveiller des intuitions ou des représentations soigneusement choisies et étudiées. Et pourtant, beaucoup de lecteurs ne réalisent pas forcément ces détails. Ils sont disséminés dans le récit, et n’apparaissent qu’à des moments clés.

Si moi je trouve le symbolisme fascinant, c’est parce que cela me permet de lier des scènes entre elles, d’approfondir les relations entre mes personnages sans avoir à les dire explicitement, mais simplement avec un jeu de symboles.

Alors pour commencer, c’est quoi le symbolisme dans un récit?

Le symbolisme, c’est l’art de représenter des émotions, des concepts, des actions, ou tout, absolument tout par un système figuratif dont il devient l’attribut.
Pour donner un exemple bien simple : la colombe est le symbole de la paix, le chat noir est un symbole de malchance à venir.

Tu vois une colombe, tu as immédiatement cette impression de paix et d’harmonie. Par contre, si tu vois un chat noir bouffer la colombe, tu as tout de suite un mauvais pressentiment.

Et c’est là l’idée centrale : le sentiment. Les émotions et les intuitions. Nous réagissons aux émotions qui se cachent derrière des situations, des impressions, des réactions physiques ou des symboles. Un réseau de symboles intelligemment introduit dans un récit provoque des émotions. Parfois, c’est très diffus, parfois, c’est clair comme de l’eau de roche. Mais cette association inconsciente entre personnage/symbole ou situation/symbole agit puissamment sur la perception.

Pourquoi un réseau de symbole?

On parle d’un réseau de symboles parce le symbolisme ne s’attache pas forcément à une seule représentation, mais à plusieurs. Soit parce que un seul symbole, exploité différemment au long de l’histoire va représenter toute une panoplie de concepts. Soit parce que plusieurs symboles vont intervenir pour mettre en lumière certaines situations, personnages, concepts, actions, etc.

(Pour ceux qui veulent en savoir davantage, je vous invite à lire l’anatomie du scénario de John Truby)

Le symbole peut aussi représenter un monde, notamment en science-fiction ou en fantasy. Un peu comme le ferait le drapeau d’une nation. Pensez à l’aigle du Troisième Reich, supposé représenter la force et la puissance.

Quoi qu’il en soit, un symbole peut être tout et n’importe quoi, il peut s’agir d’un élément (le vent, comme Alain Damasio et sa Horde), d’une couleur (le rouge de la Servante Écarlate), d’un animal (le cochon dans La Ferme des Animaux) ou un objet (les ballons du clown AFFREUX de “Ça”).
Comme je le mentionnais plus haut, certains symboles existent déjà dans l’imaginaire commun. Ils sont exploités dans beaucoup de livres ou de film, et il n’y a pas vraiment de mal à les réutiliser dans un récit. Toutefois, je suis persuadée que comme les clichés, ces symboles socialement acquis sont plus intéressants à traiter de manière détournée.
Je m’explique :
Prenons la colombe par exemple. Si l’histoire de ton récit est une nation futuriste essayant de se remettre d’une guerre intergalactique qui a décimé plusieurs planètes (ouais, bon, je sais…) peut-être que la colombe est utilisée comme symbole de paix et qu’elle parcourt les cieux pour annoncer la bonne nouvelle. Sauf que cette colombe est en réalité un robot ou un drone destiné à surveiller la population de très près.

Comment exploiter ses symboles?

Le message

Alors, c’est pas le tout d’avoir un symbole et de le parsemer dans l’histoire comme des pépites de chocolat. Le symbole sert à faire passer un message, il sert aussi à exprimer la ligne thématique d’une histoire. Il ne peut pas non plus être choisi complètement au hasard, il faut qu’il soit un minimum lié au contexte du récit.
Par exemple : si tu souhaites trouver un symbole pour représenter un amour naissant entre deux personnes avec le symbole d’une pomme de terre germée, je t’accorde que c’est drôle, mais je suis pas certaine que ça exprime grand-chose.

L’annonce

Le symbole peut aussi servir de foreshadowing, en d’autres termes : l’annonce d’un événement à venir, mais exprimée de manière nuancée. En gros, si tu écris une histoire d’horreur, un des thèmes pourrait être la présence d’araignées ou de corbeaux.
Et à chaque fois qu’un événement crucial est sur le point de se produire, un de ces animaux serait un signe précurseur. Il annoncerait l’arrivée de quelque chose de dramatique à la fois pour les personnages et pour le lecteur.

Prenons l’exemple de Game of Thrones (non pas parce que je suis ouf sur Game of Thrones en ce moment, pas du tout, mais parce que GRR Martin a quand même réussi à nous faire une série brillante où rien n’a été laissé au hasard, y compris le réseau de symboles) et les loups des enfants Stark.
– Lady, la louve de Sansa est égorgée dès de le début du livre. Sansa Stark avait appelé son loup Lady parce qu’elle aspirait elle-même à devenir une grande Lady. Quand sa louve est tuée par son père, c’est l’annonce des événements terribles à venir pour Sansa une fois à King’s Landing. Ses rêves de devenir une Lady mourront à l’instar de son chien quand elle sera confrontée à la dure réalité de la cour du roi.

L’évolution

Le symbole peut aussi connaître sa propre évolution, en même temps que l’arc dramatique du personnage.
– Ghost, le loup de Jon Snow est son propre symbole. Les deux se complètent. Ghost, comme Jon est un chiot laissé à l’abandon, albinos et exclu. En grandissant, il devient un monstre massif, à l’instar de Jon qui évolue pour devenir un leader, un homme de conviction et un grand guerrier.

La destruction

Un symbole peut aussi être détruit parce que ce qu’il représente (un personnage, une situation, un monde, est détruit). Et ça peut être une très bonne chose.

Si à la fin d’une longue quête, ton héros jette au feu la couronne d’un roi despotique et cruel, ce geste représente la fin d’un règne sanguinaire. La couronne représentait son pouvoir, et ce pouvoir est détruit.

A contrario, cela peut être terrible. Un père qui rentre chez lui et découvre la poupée préférée de sa petite fille décapitée sur la table basse du salon va immédiatement comprendre que ça sent le sapin.

La destruction d’un symbole peut arriver au début, ou à la toute fin d’un récit, ou en plein milieu. Mais ce qui importe, c’est la sensation qui va avec. C’est l’annonce d’un changement irréversible pour un personnage ou pour une situation.

Comment choisir ses symboles?

GROSSE QUESTION !!

Comme je l’ai dit, un symbole peut très bien être quelque chose qui existe déjà comme la colombe, ou une couronne, facilement reconnaissable par les masses. Mais cela peut aussi être lié à l’auteur qui se retrouve dans certains symboles. Moi par exemple, je lie toujours la nourriture à l’affection et à l’amour (devinez c’est qui qui aime bien manger?!) et j’ai choisi un symbole de nourriture pour représenter l’affection qui lie mon personnage principal à ceux qu’il aime.

Le symbole peut aussi être associé à la personnalité des protagonistes, ou à son histoire passée. Un personnage qui a vécu toute sa vie au bord de l’eau sera peut-être représenté par la mer, ou par un animal marin.

Je n’ai pas réellement choisi mes symboles, j’ai eu l’impression qu’ils s’étaient imposés à moi pendant que j’écrivais mon premier jet. Ce n’est qu’en relisant que j’ai noté qu’ils se répétaient, et à la correction, j’ai essayé de rajouter de la lumière dessus.
Evidemment, j’en ai choisi d’autres, délibérément, parce que je voulais un réseau de symboles pour mon récit. Mais je ne souhaite pas non plus forcer les choses en en ajoutant à tout va, histoire d’avoir un réseau de symboles hyper cool.

Je pense que cela est un processus naturel, et en même temps, très travaillé. Un auteur qui a conscience de ses symboles peut évidemment jouer avec, et par extension, jouer avec les nerfs du lecteur.

Merci de m’avoir lue ! Ce sujet me tient à coeur, et j’adorerais connaître vos symboles préférés dans la fiction (et même si vous voulez, vous pouvez partager les symboles de votre propre histoire, mais je comprends que ça soit top secret!)

 

Crédit photo : Desertrose, Pixabay (pardon pour cette horrible photo)

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17 Comments

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Hello !
C’est très drôle, je suis en train de lire Truby en ce moment. C’est vraiment une conception du récit très intéressante. Je n’ai pas encore abordé le chapitre sur le réseau de symboles, ton article est un teasing ! xD
Petite coquille avec la parenthèse dans cette phrase :
“Un symbole peut aussi être détruit parce que ce qu’il représente (un personnage, une situation, un monde, est détruit)” 🙂

(Merci pour la coquille 😉 ) (Je l’ai relu, pourtant!!!)
J’ai pas trouvé le chapitre de Truby si terrible que ça… Je sais pas quelle version tu as de son livre, mais dans la mienne, il utilise des exemples de films que j’ai pas vu pour la plupart et du coup, ça ne me parle pas des masses. J’ai beaucoup sorti ces réflexions de ma propre expérience au final… Enfin, tu me diras ce que tu en penses!

J’ai la nouvelle édition de 2017, mais je connais la plupart des exemples qu’il aborde pour l’instant. ^^ Je reviendrai comparer avec tes réflexions, si tu veux 🙂

C’est intéressant comme sujet. C’est quelque chose que j’ai un peu de mal à saisir sur la théorie et à avoir conscience des symboles dans ce que je lis ou ce que j’écris, mais après c’est vrai que quand tu donnes des exemples ça paraît évident. Je pense que comme M. Jourdain, j’utilise des symboles sans m’en rendre compte … Dans mon roman, il y a affrontement entre deux pays qui sont respectivement représentés par l’or et par le fer. Mais je ne suis pas sûre d’utiliser ce symbolisme à la hauteur de son potentiel …

Je disais pas ça pour te mettre la pression 🙂 !
C’est bien d’avoir les symboles et ça ajoute de la profondeur, mais je suis pas non plus en train de dire que la symbolique est “obligatoire” dans un roman. Et puis, comme je le disais, parfois, les symboles apparaissent d’eux-mêmes, et c’est intéressant de les approfondir au moment des corrections (mais je dis pas du tout que c’est facile !)

Dans le monde que j’ai imaginé, une des nations les plus avancée, l’Helaria, utilise des bracelets de perles comme pièce d’identité. Le fait que l’identité soit toujours visible symbolise le refus du mensonge dans ce pays. À l’inverse, quand un personnage l’enlève, il va commettre quelque chose de moralement répréhensible. Le sceau du bracelet aussi est important. Quand il provient d’un personnage de rang élevé, la personne qui le porte est un personnage important de l’histoire. Le bracelet peut être mis à jour quand le statu du porteur change. Le remplacement du bracelet d’Öta (apprenti guerrier libre) par un autre identifié par la légendaire Saalyn (grand maître guerrier libre) symbolise son élévation dans la hiérarchie.
Et je te laisse trouver seule un troisième symbole présent dans mes livres (indice, tu n’as pas besoin de les lire pour le trouver) qui explique pourquoi ma meilleure amie, ma mère et ma fille aînée kiffent ce pays.

Je trouve l’idée du bracelet absolument géniale. C’est un symbole, mais c’est aussi une représentation culturelle et psychologique des personnages !!!
Et j’irai jeter un coup d’oeil à ton livre. J’ai déjà été regarder ton site et ton univers a l’air tellement vaste et assez fascinant ! (ça m’a presque agacée parce que j’ai commencé à me poser des questions sur mon propre travail, hahaha!)

Salut !
Très intéressant ton article. Je suis très contente du sujet, car personnellement, je suis une fan du symbolisme et je l’utilise dans mes écrits (nouvelles et roman). En fait comme toi, l’utilisation du symbolisme est venu naturellement. Cela peut être un objet, une caractéristique, un lieu, un nom etc. J’apprécie de ficeler les histoires au gré de ce qui semble être un détail et qui au fond est bien plus (un peu machiavélique quand même, non ?) Je trouve aussi que cela rajoute de l’histoire à l’histoire sans en faire des tonnes, et j’aime l’idée que les lecteurs les plus attentifs trouvent ces indices subtils, comme des indications sur le contexte du récit ou comme des petits cadeaux à dénicher pour mieux le comprendre.

Voilà voilà. C’est sympathique de pouvoir en parler ici. Merci pour ton partage Léa ! 😉

Machiavélique, oui, mais c’est pour ça qu’on aime écrire, non? C’est rigolo aussi de torturer un peu ses lecteurs?
Et c’est exactement ça, rajouter à l’histoire, sans en faire des tonnes. Et je trouve aussi que ça crée un fil rouge au long de l’histoire, surtout quand le symbole évolue ou est détruit à la fin!
Et merci à toi pour ton commentaire !!! 🙂

Je trouve qu’il y a un fort lien entre symbole et archétypes (au sens jungien du moins). Tes symboles de nourriture qui représente le confort, par exemple, pour moi évoquent aussi l’archétype de la mère nouricière (aspect positif , donc, parce que chaque archétype peut aussi être négatif).
Pour ma part, j’aime jouer sur les perceptions culturelles d’un symbole. Revenons au corbeau: charognard, qui annonce de mauvaises augures. Pour les premières nations d’amérique, le corbeau est symbole d’intelligence, sagesse, ruse. C’est ainsi que je le prends dans mon projet actuel et j’aime l’effet de différence avec l’héritage occidental. Ça et le symbole de “manger le cœur de l’ennemi” que j’ai complètement retourner sur le sens. Je ne spoilerai pas, mais disons que ça n’a plus rien à voir avec “s’accaparer la force de l’autre”. 😀

C’est très intéressant. J’imagine que je dois avoir une vision un peu trop “occidentale” des symboles… Quant à manger le coeur de son ennemi, je trouve que c’est toujours une occupation sympathique. Et très intriguant ! Ca me donne envie d’en savoir plus … !

J’ai l’impression que ça tient bien la route. Sachant que l’histoire du loup d’Arya reflète aussi l’histoire de celle-ci.
Idem pour le loup de Robb 🙂

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