Jean-Michel Stormtrooper va-t-il réussir à sortir ses doigts de la prise?

Les cliffhangers, c’est rigolo. Il n’y a rien de tel que de mettre vos personnages dans une situation impossible et de ne pas les en sortir tout de suite.
Alors, le cliffhanger, c’est quoi?
Le terme anglais viendrait d’un film avec Stalone ou un autre bonhomme body buildé qui se serait retrouvé accroché à une cliff, une falaise, sans aucun moyen de s’en sortir.
Bon, en vrai, ça on s’en cogne, c’était juste pour la référence historique.
Dans le jargon du storytelling, le cliffhanger, c’est l’art de mettre brutalement fin à une scène, et de n’apporter aucune résolution immédiate

Exemple :
Lili traverse la rue et la scène se termine quand elle se prend un bus.
Olivier rentre chez lui et découvre que sa femme est dans le lit avec un autre.

L’intérêt de ce procédé est d’amener le lecteur à tourner la page. Le cliffhanger met vos personnages dans une situation compliquée, mais l’idée est aussi de soulever de nouvelles questions auxquelles on doit apporter une solution dans le chapitre/la scène suivant(e).

Une fin abrupte

Certaines scènes aiment la lenteur. Les descriptions, les montées d’adrénaline, les non-dits, tout ça, c’est tout un art.
Mais pas le cliffhanger.
Pour faire une comparaison très approximative, le cliffhanger n’est ni plus ni moins qu’une baffe dans la tronche. Elle doit arriver vite, frapper fort et n’avoir aucune explication immédiate.
Le cliffhanger idéal ne doit pas faire plus d’une ou deux lignes, même s’il est indispensable de mettre en scène au préalable.

Exemple :
Arthur rentre du boulot. Il est fatigué, déprimé. Ses collègues sont chiants. Il fait nuit tôt parce que c’est l’hiver et il a plu toute la journée. Il pousse la porte de son appartement, et un frisson lui saisit l’échine.
Il y a quelqu’un dans son salon.  

Bim ! Mais que va devenir ce pauvre Arthur?

Une résolution rapide

Bon. Arthur a de la visite. Le lecteur va clairement se demander si ce mystérieux visiteur est simplement sa mère ou alors un psychopathe entré par effraction.
Votre lecteur va vouloir le savoir et il faut le lui dire. Vite.
Quand je parle de résolution rapide, je ne parle pas de résolution facile. Si, en effet, Arthur se retrouve face à un psychopathe (ou face à sa mère, c’est sans doute la même personne), le lecteur va le savoir, mais ça ne veut pas dire que l’action s’arrête ici. Après tout, sa mère psychopathe va peut-être essayer de le tuer avec un couteau de cuisine.
Ce qu’il est important de noter, c’est que le cliffhanger est un outil de narration. En d’autre terme, il sert à intriguer le lecteur. Il pose une question.
Or, à moins que le mystère soit nécessaire à l’intrigue, il est de votre devoir de répondre à cette question aussi vite que possible.

Pas besoin d’être une question de vie ou de mort

Si vos personnages manquent de mourir à la fin de chaque chapitre ou de chaque scène, je préfère vous annoncer que votre livre va devenir sérieusement très gonflant, très vite.
C’est pas obligatoire de finir tous vos chapitres sur un cliffhanger, mais si vous y tenez absolument, n’allez pas croire que les enjeux doivent être mortels.
Un cliffhanger peut simplement être une mauvaise nouvelle, (un renvoi, un compte en banque vide, un ongle cassé) l’important est de faire avancer l’action et de créer du conflit.

Où placer un cliffhanger ?

A la fin de quelque chose.
D’une scène ou d’un chapitre.
Commencer un chapitre par un cliffhanger, déjà c’est un contresens et ça n’a aucun intérêt. L’idée étant d’encourager le lecteur à tourner les pages.
Et comment on sait quand mettre un cliffhanger? On le sait en prévoyant ses intrigues à l’avance. A moins que vous soyez Stephen King, vous êtes plus ou moins obligés de faire un plan pour votre bouquin, et c’est là le moment idéal pour prévoir vos cliffhangers.

Aimez vos personnages

Oui, bon, c’est pas parce que vous les aimez que vous allez leur mener la vie facile. Faîtes-les tomber d’un immeuble, cassez-leur les jambes, traumatisez-les à vie.

Devenez un Ramsay Bolton de l’écriture.

Le cliffhanger permet d’amener le conflit, qui est la base de l’histoire. Et pour qu’il fonctionne, il faut que vos lecteurs soient investis dans vos personnages. Ils veulent être sûrs qu’Arthur ne se fera pas trancher la gorge par sa mère sociopathe, lui qui a déjà un travail tout nul. Et pour ça, il vous faut des personnages réalistes mis dans des situations compliquées.

Le cliffhanger, pour résumer c’est : une fin abrupte résolue dans la scène/chapitre suivant. Qui soulève des questions et qui fait avancer l’intrigue. Il implique la création de conflit, mais n’est pas obligatoirement  question de vie ou de mort (sauf pour Arthur, qui à mon avis, va finir saucissonné par sa génitrice) avec des personnages auxquels vos lecteurs se sont attachés.
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Post Author: Lea Hendersen

2 Replies to “Ecriture : les cliffhangers dans les romans”

  1. Je crois que c’est mon article préféré (je lis tout ton blog à reculons)! Pauvre Arthur. J’en suis au stade “je vais me remettre à écrire-un jour”, alors je lis tout avec intérêt. Je trouve tes conseils très pertinents et injustement peu commentés. Continue !

    1. Merci beaucoup ! Oui, j’avais bien rigolé à l’écrire, cet article !
      Si tu vas te remettre à écrire un jour, j’en serai ravie! En vrai ! Je voudrais que tout le monde écrive des histoires et donne vie à des petits personnages!
      En attendant, bonne introspection et bon courage 🙂
      (Et merci pour tes retours, c’est vrai que j’ai pas beaucoup de commentaires, mais mon blog est tout récent. Ca va finir par grossir. J’ai bon espoir et beaucoup de patience!)

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